Futur(s) | Impermanence d'internet
Et si, demain, Internet n'était plus une ressource aussi abondante qu'aujourd'hui ?
Futur(s) est une newsletter hebdomadaire qui raconte les émergences du présent en fictions du futur. J’y partage ma veille et mes réflexions sur l’évolution de nos modes de vie. Nous sommes désormais 9 155 à imaginer les futurs ici.
Je travaille depuis longtemps sur l’hypothèse d’un Internet moins abondant qu’aujourd’hui. Les raisons sont multiples mais renvoient toutes à une même évidence : Internet est une infrastructure. Et comme toute infrastructure dans un monde traversé par des extrêmes climatiques, politiques et géopolitiques, elle devient vulnérable.
C’est un « éléphant noir » : un risque bien repéré par les experts, que les non-experts préfèrent ignorer. J’attends l’événement, ou le contexte, qui rendra cette hypothèse plus audible.
D’ici là, je poursuis la veille : voici de nouveaux signaux qui vont dans ce sens.
Bonne lecture,
Noémie
Formation Design fiction : Nouvelles dates !
En présentiel les 11, 12 et 13 mars 2026 à Paris
Prendre le temps d’explorer les liens entre prospective et design fiction
👁️ Remarquer le changement
💭 Passer de la veille à la pensée prospective
💬 Raconter le changement
🎤 Ouvrir des conversations stratégiques sur les futurs
>> Le programme détaillé
Une formation en partenariat avec Mue., éligible au financement OPCO.
Discutons-en ! (noemie@circa2040.com)Impermanence d’Internet
👁️#1 Et si demain… la capacité d’Internet se jouait d’abord sur l’eau et l’électricité ?
Les datas centers sont la partie visible d’Internet. Ces infrastructures consomment énormément d’énergie, d’eau mais aussi de foncier et soulèvent des questions environnementales que les communautés locales commencent à contester, malgré la promesse de nouveaux emplois. Internet, et a fortiori l’IA, ont une empreinte bien terrestre, et celle-ci devient de plus en plus visible et contestée.
▶️ La Malaisie accueille de nombreux projets de data-centers
“People are too hyped up about data centers nowadays, but the issue in Johor is we do not have enough water and power,” he said. “I believe that while promoting investments is important, it should not come at the expense of the local and domestic needs of the people.”
(Trad. « Les gens sont trop enthousiastes à propos des centres de données de nos jours, mais le problème à Johor est que nous n’avons pas assez d’eau et d’électricité », a-t-il déclaré. « Je pense que même s’il est important de promouvoir les investissements, cela ne doit pas se faire au détriment des besoins locaux et nationaux de la population. »)
▶️ L’IA, dévoreuse d’énergie, pourrait entraîner une pénurie d’électricité aux Etats-Unis
Les géants du numérique ne parlent plus guère du climat. Leur souci est de montrer que chaque projet est couplé avec une ressource énergétique fiable, gaz naturel, solaire, éolien ou nucléaire, lequel connaît une incroyable renaissance. A chacun sa centrale ou presque : fin 2024, Microsoft décide avec l’exploitant Constellation de relancer le deuxième réacteur arrêté depuis 1979 sur le site de Three Mile Island, en Pennsylvanie ; début juin 2025, Meta signe un accord de fourniture d’électricité pour vingt ans avec une autre centrale nucléaire de Constellation, dans l’Illinois.
👁️#2 Et si demain… les coupures “intentionnelles” devenaient un outil banal en politique et géopolitique ?
L’impermanence d’Internet ne vient pas seulement des accidents : elle peut être orchestrée. Les shutdowns deviennent le nouveau normal (crises politiques, censure). Les grandes puissances s’arment également pour faire des coupures Internet un moyen de pression géopolitique, courant désormais dans certains conflits comme en mer Baltique ou à Taïwan.
▶️ Le suivi des coupures Internet
▶️ En Russie, un Internet de plus en plus verrouillé et intermittent
« Comme le gaz ou l’électricité, on s’habitue au fait que l’Internet soit une ressource stable, et, quand on la perd soudainement, la panique et l’hystérie commencent », note une habitante interrogée par le média d’opposition Meduza. Selon les données de la Banque centrale russe, les retraits d’espèces sont passés de 100 milliards à 200 milliards de roubles (soit environ 1,06 milliard et 2,12 milliards d’euros) entre mai et juillet, en partie en raison des incertitudes provoquées par les coupures récurrentes d’Internet.
▶️ La Chine dévoile son engin coupeur de câbles sous-marins
Cette démonstration de l’intérêt de la Chine pour la découpe de câbles intervient à un moment où les opérations de sabotage des télécommunications deviennent un moyen de déstabilisation, de la mer Baltique au détroit de Taïwan. Elles relèvent de ces tactiques dites « de zone grise » voire de « guerre hybride », c’est-à-dire d’attaques qui font la démonstration d’importantes capacités de nuisance mais qui, n’étant pas directement menées par les armées, permettent de démentir toute implication des Etats et laissent à la victime la responsabilité d’une improbable escalade.
👁️#3 Et si demain… le débit Internet d’un continent dépendait de quelques navires ?
À l’échelle mondiale, la flotte dédiée ne compte qu’une soixantaine d’unités (une centaine si on inclut les navires militaires) - 30% sont Français. En Afrique, un seul navire assure en permanence la réparation des câbles sous-marins. Chaque rupture mobilise plusieurs semaines d’intervention. Face à ces défis, une gouvernance mondiale commence à se structurer.
▶️ Le navire en charge de réparer Internet en Afrique
In June, South Africans noticed their internet slowing. The culprit was the West Africa Cable System, a 14,500-kilometer (9,000 miles) line that links Portugal to Africa’s west coast. Off Namibia, a junction box where three cables meet had failed and needed replacing. The Thévenin, which is responsible for repairs from Madagascar to Ghana, was called in.
(Trad. En juin, les Sud-Africains ont remarqué un ralentissement de leur connexion Internet. Le coupable était le West Africa Cable System, une ligne de 14 500 kilomètres (9 000 miles) qui relie le Portugal à la côte ouest de l’Afrique. Au large de la Namibie, un boîtier de jonction où se rejoignent trois câbles était défectueux et devait être remplacé. La société Thévenin, chargée des réparations entre Madagascar et le Ghana, a été appelée à la rescousse.)
▶️ Une organisation internationale pour la résilience des câbles sous-marins
Compte tenu du trafic transporté par ces câbles et leur importance pour l’économie mondiale, l’ITU et l’ICPC ont annoncé en fin de semaine dernière la création d’une gouvernance commune, l’organe consultatif international pour la résilience des câbles sous-marins. Il travaillera à la promotion des meilleures pratiques auprès des gouvernements et des acteurs de l’industrie pour « garantir le déploiement et la réparation rapides des câbles sous-marins, de réduire les risques de dommages et d’améliorer la continuité des communications via ces câbles ».
Les principales causes de dommages incluent les accidents dus à l’activité humaine (la pêche commerciale et les ancres des navires dans 70 à 80 % des cas), ainsi que les risques naturels, l’abrasion et les défaillances d’équipement. Le sabotage n’est pas mentionné, mais il sera difficile de passer à côté : même si le câble sous-marin reliant l’Allemagne et à la Finlande a été promptement réparé, cette problématique va certainement occuper une place centrale dans les discussions à venir.
👁️#4 Et si demain… les services les plus recherchés étaient ceux qui pouvaient fonctionner sans wifi ?
Les messageries “hors-réseau” ne sont plus un hobby de randonneur : elles s’industrialisent comme assurance contre pannes, censures et congestions. Ce qui marche sans Internet va gagner en valeur.
▶️ Jack Dorsey, le créateur de Twitter, a lancé une app de messagerie qui fonctionne sans wifi ni données mobiles
Dorsey said more than 10,000 people downloaded the app through TestFlight, an application that lets users test apps before they are publicly released. “BitChat addresses the need for resilient, private communication that doesn’t depend on centralised infrastructure,” Dorsey said in a white paper. He described the app as providing “ephemeral, encrypted communication without relying on internet infrastructure”. The app offers several layers of encryption and features that make it possible to deliver messages to users who are temporarily offline, meaning the app will work despite any “network outages and censorship” that users may encounter, according to the white paper.
(Trad. Dorsey a déclaré que plus de 10 000 personnes ont téléchargé l’application via TestFlight, une application qui permet aux utilisateurs de tester des applications avant leur sortie officielle. « BitChat répond au besoin d’une communication résiliente et privée qui ne dépend pas d’une infrastructure centralisée », a déclaré Dorsey dans un livre blanc. Il a décrit l’application comme offrant « une communication éphémère et cryptée sans dépendre de l’infrastructure Internet ». L’application offre plusieurs niveaux de cryptage et des fonctionnalités qui permettent de transmettre des messages aux utilisateurs temporairement hors ligne, ce qui signifie que l’application fonctionnera malgré les « pannes de réseau et la censure » auxquelles les utilisateurs pourraient être confrontés, selon le livre blanc.)
Si vous avez aimé cette édition, vous pouvez laisser un 💛 pour m’encourager et la partager autour de vous pour la faire connaître.
Si vous souhaitez en savoir plus sur mon métier, c’est par ici



Une pepite cette newsletter pour sensibiliser le monde economique a la fragilité des systemes ! 🙏 Noémie, je la reprendrais pour illustrer mon atelier "tumulte"
Merci Noémie pour cette newsletter. Le sabotage potentiel des infrastructures internet me fait penser au livre "Le ministère du futur", de Kim Stanley Robinson, dans lequel des sabotages generalisés d'infrastructures émettrices de carbone incitent à une certaine transition. De manière plus générale, le risque de sabotages, par des états ou des groupes, est un vrai risque de déstabilisation au niveau mondial.