Futur(s) | Culture de la préparation
Le changement climatique avance plus vite que nos imaginaires...
Futur(s) est une newsletter hebdomadaire qui raconte les émergences du présent en fictions du futur. J’y partage ma veille et mes réflexions sur l’évolution de nos modes de vie. Nous sommes désormais 9 533 à imaginer les futurs ici.
Il n’y a pas eu d’édition depuis un moment, et pour les prochaines semaines, les publications seront probablement un peu moins régulières que d’habitude. Entre autres raisons, un gros projet que je viens de finaliser avec Cécile Poignant sur un sujet qui nous a semblé essentiel à défricher : la culture de la préparation.
En effet, le changement climatique avance aujourd’hui plus vite que nos imaginaires. Face aux événements extrêmes, nous restons souvent dans le déni, en comptant sur la technologie pour nous protéger. Avec Cécile Poignant, et grâce au soutien de Leroy Merlin Source et de MAIF, nous avons exploré une autre voie : celle de la « culture de la préparation ».
La “culture du risque” est probablement le terme le plus répandu pour aborder ces questions. Nous lui avons préféré celui de culture de la préparation, pour élargir l’enjeu : il ne s’agit pas seulement de gérer des menaces, mais d’engager une adaptation culturelle plus sereine et plus profonde. Car se préparer suppose aussi de transformer notre rapport au temps, au territoire et au collectif. Quels sont les ressorts de cette culture, et quels leviers permettent de la diffuser ? Comment faire en sorte que chacun soit mieux informé, mieux formé, et réellement prêt à agir ?
Cette étude est disponible en accès libre grâce au soutien de nos sponsors. Vous êtes également invités à un webinaire de présentation de cette étude et aussi d’échange avec Clément Jeanneau, co-auteur de “Gérer l’inévitable : repères face à la dérive climatique” pour découvrir ses travaux.
Pour prolonger cette étude avec une réflexion prospective, nous avons imaginé avec Cécile quatre objets prospectifs que nous vous présentons dans cette édition. Ces fictions sont des pistes pour faire évoluer notre vocabulaire et nos compétences pratiques. Sans être des solutions parfaites, elles nous aident à envisager un quotidien plus résilient face aux aléas de demain.
Bonne lecture,
Noémie Aubron
Webinaire | 30 mars 2026 | En invité : Clément Jeanneau
Fictions prospectives | Culture de la préparation
[Extrait de notre étude]
Un futur possible, inspiré par le présent, ses tendances et ses signaux faibles.
1. La boîte d’urgence citoyenne
🧑🤝🧑 Lien social / 🧰 Low-tech / 🏙️ Ancrage local
A quoi ça ressemblerait ?
Installée au coin d’une rue, sur une place ou près d’une école, la boîte d’urgence citoyenne ressemble à une boîte à livres croisée avec un petit distributeur urbain.
Derrière une vitre transparente, on trouve quelques produits de première nécessité (bougies, allumettes, couvertures de survie, lampes, piles, masques FFP…), mais aussi des micro-kits de préparation, des check-lists pour la maison, des tutoriels low tech.
Ce que ça changerait
> Désacraliser la préparation
La préparation sort des documents techniques pour entrer dans le paysage quotidien. La boîte rend visible ce qui est souvent invisible : les risques, les gestes, les ressources.
> Passer du réflexe individuel au réflexe collectif
Chacun garde un kit chez soi, mais la boîte devient un symbole partagé : “on s’y retrouve”, on y échange, on y apprend. Elle matérialise la solidarité de voisinage.
> Ancrer un écosystème de préparation
La boîte n’est pas isolée : elle est reliée à un réseau d’acteurs (associations, commerces, mairie, écoles) et à des dispositifs plus massifs (stocks municipaux, plans communaux de sauvegarde…). Elle en est l’interface visible.
2. Expédition“Votre maison 2050”
🧠 Culture du risque / 🚶♀️ Mise en situation / 🌱 Adaptation concrète
À quoi ça ressemblerait ?
«Votre maison 2050 » est une learning expédition d’un jour qui mêle visites de terrain, rencontres avec des experts et ateliers pratiques à destination des particuliers sur leur lieu de vie.
Le groupe parcourt les quartiers inondables de sa ville avec des hydrologues pour visualiser les zones à risque et comprendre les scénarios de montée des eaux. Il visite des habitations qui ont mis en place des bonnes pratiques ou des aménagements astucieux face aux inondations.
L’après-midi, un atelier canicule simule une vague de chaleur dans un appartement non climatisé : comment organiser l’espace, rafraîchir avec des solutions low-tech, protéger les plus fragiles ? Des pistes concrètes sont proposées aux néo-habitants pour adapter leurs logements.
Ce que ça changerait
> Rendre les risques tangibles
Les risques prennent la forme des rues que l’on connait, des caves, des corps qui ont chaud. On voit où l’eau arrivera, comment la chaleur s’accumule, ce que la sécheresse fait aux sols.
> La mise en situation permet de parler de risques sans catastrophisme : on explore des solutions et des gestes concrets. Les participants repartent avec des idées de transformations à leur portée (dans leur logement, leur immeuble, leur organisation).
> Relier les territoires et les acteurs
L’expédition tisse un récit commun entre ville, experts, habitants et professionnels. Elle montre que la préparation est un chantier partagé, qui dépasse les silos (eau, énergie, agriculture, urbanisme) et appelle des coalitions nouvelles.
3. Les résilients
👨🔧 Bricolage solidaire / 🌐 Communauté hybride / 📍 Résilience territoriale
À quoi ça ressemblerait ?
Les Résilients, c’est une communauté de bricoleurs solidaires ancrée dans un territoire, animée par un·e “référent·e résilience” (vendeur-conseil, animateur de tiers-lieu, association…).
Elle existe à la fois en ligne et en présentiel : un groupe numérique (plateforme, forum, groupe local) et des rendez-vous réguliers dans un magasin de bricolage, une maison de quartier ou un tiers-lieu. On y trouve des tutos orientés adaptation/préparation (fabriquer un filtre à eau low-tech, sécuriser une fenêtre contre le vent, ventiler son logement en canicule sans clim, récupérer l’eau de pluie), des ateliers pratiques, une cartographie des ressources locales,...
Ce que ça changerait
> Transformer le bricolage en levier de résilience
On ne bricole plus seulement pour améliorer son confort, mais pour adapter logement, quartier et équipements aux risques (canicule, tempête, inondation, coupures). Le geste technique devient un geste de préparation.
> Passer de l’individu débrouillard au collectif organisé
Au lieu que chacun “se débrouille dans son coin”, Les Résilients structurent un réseau de compétences, de matériel et de personnes ressources. En cas de crise, on sait qui appeler, où aller, quoi faire.
4. La cuisine autonome
🍳 Autonomie du foyer / 🔋 Low-tech & énergie / 🏡 Vie quotidienne résiliente
À quoi ça ressemblerait ?
La cuisine autonome est un module compact, design, qui s’intègre dans une cuisine existante comme un îlot ou un grand meuble bas. Pensé en “plug-and-play”, il rassemble dans un même bloc tout ce qu’il faut pour cuisiner, s’éclairer et communiquer sans électricité : une plaque de cuisson au gaz (type réchaud intégré) avec bouteille rechargeable, une batterie alimentée par panneaux solaires (posés à la fenêtre, au balcon ou dehors) pour brancher des lampes LED et recharger un téléphone, un filtre à eau, une radio à manivelle avec la liste des fréquences d’urgence du territoire, une trousse de premiers secours et un petit guide plastifié des gestes qui sauvent.
Le meuble de cuisine peut être utilisé au quotidien (cuisine d’été, terrasse, cabanon…) et devenir, en cas de crise, la base arrière autonome du foyer.
Ce que ça changerait
> Rendre l’autonomie désirable et visible
L’autonomie n’est plus un sujet réservé aux survivalistes ou aux fiches techniques : elle s’invite dans la pièce la plus symbolique de la maison, la cuisine. Le module rend palpable une question souvent abstraite : “que se passe-t-il si le courant s’arrête plusieurs jours ?”.
> Prolonger la capacité à rester chez soi
En cas de coupure d’électricité, d’inondation partielle du quartier ou de tempête, la cuisine autonome permet de tenir plus longtemps : cuisiner chaud, avoir de la lumière, rester joignable, disposer d’eau potable. Elle réduit la bascule immédiate vers l’évacuation ou la dépendance totale aux secours.
> Relier gestes du quotidien et culture de la préparation
On apprend à utiliser le filtre à eau, la radio, la batterie solaire… en situation ordinaire (week-end, cuisine d’extérieur, camping). Le jour où la crise arrive, les gestes sont déjà connus. La préparation n’est plus un “à-côté”, elle est intégrée à la vie domestique.
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Si vous souhaitez en savoir plus sur mon métier, c’est par ici







Chouette travail, bravo. J'aime beaucoup la boîte d'urgence et les ateliers modulables ;-)
Cela me parle : en plein campagne nous sommes déjà habitués à une certaine autonomie, grâce aux pannes de réseaux par exemple, au bricolage et au réemploi. Par nécessité mais peut-être aussi grâce à une sorte de culture de la sobriété.
J'adore Noémie je veux un Darty de tes utopies souhaitables.