Futur(s) | Les couplés et les découplés
Et si, demain, le couple devenait un privilège de classe ?
Futur(s) est une newsletter hebdomadaire qui raconte les émergences du présent en fictions du futur. J’y partage ma veille et mes réflexions sur l’évolution de nos modes de vie. Nous sommes désormais 9 757 à imaginer les futurs ici.
En avril 2025, le ministère du Travail américain publie un chiffre interpellant : un homme sur trois ne travaille pas et ne cherche pas d'emploi. La même année, le CEPREMAP documente, sur vingt ans de données, l'élargissement continu d'un fossé idéologique entre jeunes hommes et jeunes femmes. Pendant ce temps, une vague littéraire explore sans romantisme la cohabitation entre femmes comme mode de vie.
Ces trois signaux ne racontent pas la même histoire, mais ils partent du même point : quelque chose se défait dans la manière dont hommes et femmes habitent ensemble le monde, économiquement, politiquement, affectivement. La baisse de la natalité n’est que la partie visible d’un phénomène plus profond. L'IFOP projette que 43 % des Français vivront seuls en 2030 ; le solo deviendrait la forme de vie majoritaire avant la fin de la décennie. Ce qui se dessine aussi en creux est une hypothèse inconfortable : le couple traditionnel serait-il en train de devenir un privilège de classe, accessible à ceux qui disposent des ressources culturelles et économiques pour traverser la fracture ?
Cela nous laisse avec une question ouverte : à quoi ressemblera l’intimité dans une société où le couple n’est plus l’horizon naturel ? C’est ce que cette édition explore, en imaginant une France en 2040 avec une géographie couplée - découplée.
Bonne lecture,
Noémie Aubron
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Contactez-moi si vous êtes intéressés (noemie@circa2040.com)Fiction prospective | Les géographies du couple
[Cette carte est une fiction prospective]
Sources pour aller plus loin
The bigger point is that falling birth rates appear to be part of a broader phenomenon of young adult singledom, isolation and deteriorating wellbeing. Given the likely link to technology and social media, the best hope of reversing the trend may be to change our digital habits — whether through cultural shifts or government regulation. Even apart from our diminishing propensity to have children, the task of bringing together a fractured and frustrated generation is the challenge of our times.
(Trad. Le fond du problème est que la baisse des taux de natalité semble s’inscrire dans un phénomène plus large, caractérisé par la solitude des jeunes adultes, l’isolement et la détérioration du bien-être. Compte tenu du lien probable avec la technologie et les réseaux sociaux, le meilleur espoir de renverser cette tendance réside peut-être dans un changement de nos habitudes numériques, que ce soit par le biais d’évolutions culturelles ou de réglementations gouvernementales. Même en faisant abstraction de notre propension décroissante à avoir des enfants, la tâche de rassembler une génération divisée et frustrée constitue le défi de notre époque.)
🔮 La France, une nation de solos
Selon l’Insee, le nombre de foyers « solos » est en constante augmentation. En 1975, 22% des foyers français étaient composés de foyers à une personne. En 2000, ce chiffre était passé à 31%. Aujourd’hui, il s’établit à 35%. En 2030, il pourrait atteindre 43%. À ce rythme, la perspective d’une population composée majoritairement de foyers à une personne se rapproche. Ce jour-là, la France sera devenue une nation de « solos ».
Un scénario d’autant plus crédible que, par-delà les tendances de fond qui le favorisent (vieillissement de la population, augmentation des ruptures de vie..), les mentalités évoluent. Aujourd’hui, 49% des Français interrogés par Sociovision reconnaissent que « l’idée de vivre seul(e) ne les dérange pas ». Un chiffre en augmentation de 3 points depuis 2020. 25% des Français avouent même que cela leur « convient tout à fait ».
🔮 Frontière idéologique du genre
Cette étude met en évidence un nouveau clivage idéologique au sein des jeunes générations. Tandis que les jeunes femmes adoptent des positions plus progressistes, notamment sur l’immigration, les minorités et l’égalité des sexes, les jeunes hommes s’orientent davantage vers des idées conservatrices.
L’écart grandissant entre jeunes femmes et jeunes hommes en matière de satisfaction de vie et de confiance envers autrui éclaire les raisons profondes de ce fossé grandissant. Tandis que la satisfaction des jeunes femmes diminue, portée par une prise de conscience accrue des discriminations et inégalités depuis #MeToo, la méfiance interpersonnelle s’intensifie chez les jeunes hommes, ce qui favorise leur basculement vers des valeurs plus conservatrices.
👁️ Les colocations entre femmes : le futur du féminisme ?
My Seven Mothers came out in Danish in 2020 and in English last year, translated by Tiina Nunnally. It’s part of a wave of recent literature about women living together. Although these novels and memoirs come from all over—Denmark, Italy, Japan, South Korea—and vary widely in style and attitude, each of them takes female cohabitation seriously, not omitting its challenges. Indeed, these books embrace the idea that women living with women not only can but necessarily will “include it all,” even when that means loss, violence, and strife
(Trad. “My Seven Mothers” est paru en danois en 2020 et en anglais l’année dernière, dans une traduction de Tiina Nunnally. Il s’inscrit dans une vague récente d’ouvrages littéraires consacrés à la vie en communauté entre femmes. Bien que ces romans et mémoires proviennent de partout – du Danemark, d’Italie, du Japon, de Corée du Sud – et varient considérablement en termes de style et d’approche, chacun d’entre eux aborde sérieusement la cohabitation féminine, sans en occulter les défis. En effet, ces livres embrassent l’idée que les femmes vivant entre elles peuvent non seulement « tout inclure », mais qu’elles le feront nécessairement, même si cela implique des pertes, de la violence et des conflits.)
👁️ Un homme américain sur trois ne travaille pas ou ne cherche pas de travail
Labor Department data released Friday showed that 1 in 3 American men were not working or looking for a job in April.
The labor market has weakened since early 2025, with most job opportunities concentrated in areas typically dominated by women, including health care and private education. At the same time, several male-dominated industries, including manufacturing, transportation and mining have shed jobs, leaving a mismatch between typical skill sets and job opportunities for men.
“It’s not all retirement and education. … There are guys just dropping off the planet. They’re not looking after their kids. They’re not in school. They’re not in the labor force,” said Betsey Stevenson, a professor of economics at the University of Michigan. “Across the board when we look at men, we see challenges that they face that leave too many men disconnected.”
(Trad. Les données publiées vendredi par le ministère du Travail ont révélé qu’en avril, un homme américain sur trois ne travaillait pas et ne cherchait pas d’emploi.
Le marché du travail s’est affaibli depuis le début de l’année 2025, la plupart des opportunités d’emploi se concentrant dans des secteurs traditionnellement dominés par les femmes, notamment les soins de santé et l’enseignement privé. Parallèlement, plusieurs secteurs à prédominance masculine, tels que l’industrie manufacturière, les transports et l’exploitation minière, ont supprimé des emplois, créant ainsi un décalage entre les compétences habituelles des hommes et les opportunités d’emploi qui s’offrent à eux.
« Ce n’est pas seulement une question de retraite et d’éducation. […] Il y a des hommes qui disparaissent tout simplement de la surface de la Terre. Ils ne s’occupent pas de leurs enfants. Ils ne sont pas à l’école. Ils ne font pas partie de la population active », a déclaré Betsey Stevenson, professeure d’économie à l’université du Michigan. « D’une manière générale, quand on examine la situation des hommes, on constate qu’ils sont confrontés à des défis qui laissent trop d’entre eux en marge. “
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Se mettre en couple, s'y maintenir, c'est accueillir l'autre, le différent, l'opposé, c'est composer, négocier... : ce pourrait-il qu'on assiste à un symptôme qui traduirait la fin de l'effort nécessaire au lien social ? restons seuls, rejoignons si besoin quelques très semblables. Finalement, l'autre serait un trop grand effort dont on peut se passer s'il ne nous est pas immédiatement utile ?
Merci Noémie d'avoir excavé ce schisme que je constate chaque jour. Il y aurait comme un nouveau liant à inventer au moment même où les algorithmes pulvérisent le lien. Sinon...l'avenir du couple finira dans le béton.