Futur(s) | Antibiorésistance
Une édition avec Agathe Acchiardo
Futur(s) est une newsletter hebdomadaire qui raconte les émergences du présent en fictions du futur. J’y partage ma veille et mes réflexions sur l’évolution de nos modes de vie. Nous sommes désormais 9381 à imaginer les futurs ici.
Cette semaine, l’édition est co-écrite avec Agathe Acchiardo, fondatrice de Think Next, un cabinet de conseil en prospective stratégique et innovation, spécialisé dans la détection de nouvelles tendances et l’émergence de nouvelles ruptures dans le domaine de la santé. Agathe m’a suggéré ce thème un peu sous les radars pour le grand public et pourtant essentiel de la résistance croissante des bactéries aux antibiotiques.
Pour bien cerner l’enjeu, les antibiotiques sont une famille de médicaments dont l’efficacité diminue, car les bactéries s’adaptent pour leur échapper. Plus les antibiotiques sont utilisés à travers le monde, plus les bactéries s’adaptent. Et nous développons trop peu de nouveaux antibiotiques pour compenser. Résultat : des infections banales peuvent redevenir dangereuses et toute la médecine moderne repose sur un socle qui se fissure.
Face à ce point de bascule, plusieurs futurs s'esquissent. Agathe nous guide dans trois scénarios différents : le monde où plus rien ne marche, celui où l'on garde nos dernières armes sous clé, et celui où la coopération mondiale change la donne.
Un grand merci à elle pour son éclairage sur ce sujet !
Bonne lecture,
Noémie
Rappel des prochains événements
> Webinaire de rentrée | 20 janvier 11h30-12h30 : avec Cyriaque Foucart, "A quelles grandes ruptures se préparer en 2026-2027 ?" Déjà 300 participants ! -> S'inscrire
> Formation prospective et design fiction | 11, 12, 13 mars 2026 à Paris : Encore quelques places disponibles ! Voir le programme et contactez-moi si vous êtes intéressés (noemie@circa2040.com)
3 futurs possibles de l’antibio-résistance
Trois scénarios inspirés par le présent, ses tendances et ses signaux faibles.
⏩ Scénario #1 | La fin des antibiotiques
L’hypothèse d’Agathe: Et si, demain, la quasi-totalité des antibiotiques existants ne marchaient tout simplement plus contre les bactéries ?
Imaginez… Un monde où les antibiotiques deviennent impuissants face à la plupart des infections courantes. Des choses qui se soignent facilement aujourd’hui, comme les abcès dentaires, les infections urinaires, ou des maladies sexuellement transmissibles, jusqu’aux chirurgies majeures, tout devient un risque d’infection importante. La faute au manque d’investissements dans la recherche de nouveaux antibiotiques, la surconsommation d’antibiotiques en médecine vétérinaire, et à l’incurie de certains patients et médecins…
Le signal faible : Une étude du Lancet, publiée en octobre 2024, estime que 39 millions de décès pourraient être imputables à l’antibiorésistance au cours des 25 prochaines années.
👁️ La projection de Noémie : le PhageSpray
Et si, demain, soigner une MST nécessitait non plus un simple antibiotique mais un traitement aux phages ?
Les bactériophages (littéralement "mangeurs de bactéries") sont des virus qui s'attaquent aux bactéries. Ultra-ciblés, ils reconnaissent leur cible précise, s'y accrochent, injectent leur ADN et la font exploser de l'intérieur. Découverts dans les années 1920 puis dé-priorisés avec l'arrivée des antibiotiques, ils reviennent sur le devant de la scène comme alternative face aux bactéries résistantes, sans pour autant être une solution mature.
Plusieurs signaux :
La gonorrhée résistante aux antibiotiques est un problème majeur et urgent
Les phages sont une piste de recherche active qui monte (prix 2024, publications récentes), même si beaucoup de limites sont également soulignées
⏩ Scénario #2 | L’arsenal thérapeutique
L’hypothèse d’Agathe : Et si, au final, le meilleur antibiotique était celui que l’on n’utilise pas et que l’on garde en réserve ?
Imaginez… un modèle où la recherche antibiotique ne repose plus sur la quantité de médicaments vendus, mais sur la simple capacité à produire et à mettre à disposition la molécule, avec de nouveaux traitements antibiotiques développés, validés, puis volontairement conservés en réserve, pour préserver leur efficacité dans le futur.
Le signal faible : Le modèle de souscription anglais Le Royaume-Uni a lancé un programme pilote de souscription où le NHS (l’organisme de santé public) paie un prix forfaitaire pour l’accès à de nouveaux antibiotiques critiques, indépendamment des quantités vendues et consommées.
👁️ La projection de Noémie : La réserve stratégique nationale
Et si, demain, les laboratoires pharmaceutiques étaient payés pour ne PAS vendre leurs antibiotiques, afin de préserver leur efficacité pour les générations futures ?
⏩ Scénario #3 | Tous ensemble contre l’antibio-résistance
L’hypothèse d’Agathe: Et si, demain, la collaboration de tous les pays et de tous les acteurs permettait de continuer la lutte contre l’antibiorésistance ?
Imaginez… Une collaboration internationale forte qui limite la surconsommation antibiotique en médecine humaine, avec le partage de règlementations strictes sur la prescription antibiotique dans tous les pays, des moyens de séquençage rapide pour identifier les résistances des bactéries, et l’information des patients pour une consommation plus responsable d’antibiotiques. Sans oublier la réduction de l’usage antibiotiques vétérinaires, avec des politiques sanitaires qui mesurent et limitent l’administration d’antibiotiques aux animaux d’élevage, une transition alimentaire vers des régimes plus végétariens, et des pratiques d’élevage alternatives.
Le signal faible : En France, l’exposition globale des animaux aux antibiotiques qui a diminué de 49% entre 2011 et 2024 grâce aux plans ‘Ecoantibio’.
👁️ La projection de Noémie :
Et si, demain, toute la viande vendue dans l’UE portait obligatoirement le label “zéro-antibiotique”, comme une nouvelle norme sanitaire de base ?
NB : Dans cette newsletter, j’utilise souvent Midjourney/Gemini pour les visuels, DeepL pour la traduction et ChatGPT/Claude pour l’édito
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"Et si, demain, les laboratoires pharmaceutiques étaient payés pour ne PAS vendre leurs antibiotiques." — j'adore. Merci pour cette lettre et cette prise de recul toujours précieuse !